des idées de solutions

Reconnaître la complexité du problème

La pollution des eaux du Golfe est un problème complexe. Reconnaître cette complexité est essentielle pour ne tomber ni dans le défaitisme ni dans le simplisme. Les causes des pollutions sont multiples: réseaux défaillants, mauvais branchements, manque d’entretien et de maintenance, lessivage des sols, augmentation de la population, épandages, élevage, traffic routier, et même actes malveillants. Toutes ces sources potentielles peuvent être démultipliées par les intempéries, même si la « pluie » n’est pas, contrairement à ce que l’on entend souvent, la cause des pollutions. En raison de mauvaises pratiques, les précipitations qui devraient être canalisées dans les réseaux d’eau pluviale, ont tendance à s’infiltrer dans les réseaux d’assainissement, ce qui conduit à leur surcharge.

En raison de la diversité des sources de pollution et de l’interaction avec la météo, il n’y a pas non plus de « coupable » principal à ce problème. Ni lieu de jeter l’opprobre sur qui que ce soit en particulier. Les failles de notre système d’assainissement sont systémiques, et elles s’aggravent avec le dérèglement climatique. L’agglomération a hérité d’une infrastructure vieillissante et obsolète il n’y a de cela que quelques années et les besoins d’investissement et de projets sont énormes. Il faudra du temps et des moyens pour reprendre le contrôle de la situation.

Il n’y a pas de solutions simples, « clef en main », mais on peut tout de même esquisser un certain nombre de pistes pour au minimum limiter les impacts sur la santé et le milieu naturel à court terme.

Suivre l’état du Golfe par des mesures scientifiques, régulières et transparentes

La principale cause des pollutions dans le Golfe, c’est notre ignorance. Le manque de données pèse sur la volonté politique de prendre le problème à bras le corps ne permet pas à la population de prendre la mesure des enjeux et de réagir. Les données auxquelles nous avons pu accéder démontrent que les contrôles de l’ARS, réalisés que pendant l’été et quand il ne pleut pas, ne permette pas un suivi sincère de l’état du Golfe. Les prélèvements devraient être beaucoup plus fréquents, faits à intervalles réguliers, quelle que soit la météo et leurs résultats devraient être communiqués sans délai et de façon intégrale au public via un service en ligne. Les habitants du Golfe ne se baignent pas qu’en été, les enfants pratiquent les activités nautiques dès la fin du printemps et nous sommes tous attachés à la protection de cet écosystème, même quand il pleut.

La collecte massive de données sur ce problème est aussi essentielle pour construire des modèles, comprendre les causes principales des contaminations du milieu et permettre à la population de prendre des mesures préventives. Comme on suit aujourd’hui les épidémies comme la grippe, on devrait pouvoir suivre en temps réel la santé des eaux du Golfe.

Mobiliser la population pendant les périodes à risque

Si la mécanique des pollutions était mieux connue, les pouvoirs publics pourraient mobiliser la population pour réduire les risques. Comme cela se fait déjà en période de sécheresse. Cela pourrait passer par l’utilisation privilégiée de toilettes sèches en période à risque, ou la la limitation des machines à laver, de la vaisselle à la main, de la vidange des piscines ou des bains pour limiter la saturation des réseaux d’assainissement. Une meilleure information peut permettre une prise de conscience collective.

Réduire les rejets en période sèche grâce à des bassins de rétention

Les données communiquées montrent que les rejets dans le milieu restent limités en dehors des mois de janvier et de février. Les volumes relâchés sont encore importants, quelques milliers de mètres cubes, et contribuent vraisemblablement à la pollution du Golfe. Or il serait envisageable de stocker de manière temporaire ces volumes d’eaux usées dans des bassins de rétention, pour permettre aux stations d’épuration d’étaler leur traitement sur quelques jours. C’est possible entre les mois de mars et de décembre car les épisodes pluvieux, s’ils peuvent être soudain, ne s’étalent généralement pas sur une durée trop longue.

Aménager des bassins de rétention temporaires est une alternative très bon marché aux rejets. Il suffit de creuser un trou et d’y poser une bâche. Et par-là même de garantir la sécurité sanitaire des usages du Golfe, baignade, ramassage de coquillage, pendant les beaux jours.

Au vu des volumes rejetés lors des mois pluvieux (janvier et février), la rétention temporaire des excédents d’eaux usées n’est vraisemblablement pas envisageable, du moins à court terme et avec un budget minimal. Pour réduire les risques, des aménagements du réseau à long terme seront nécessaires.

Favoriser la pose de Toilettes sèches

L’afflux de population touristique conduit à surcharger en certains points du Golfe des réseaux d’assainissement qui ne sont pas dimensionnés pour absorber des pics de fréquentation. Pour limiter ses surcharges, on pourrait inciter les propriétaires à installer des toilettes sèches. Ce pourrait être particulièrement indiqué dans les résidences secondaires qui ne fonctionnent que l’été. Il existe aujourd’hui des modèles haut de gamme tout confort.

Planter des arbres

La meilleure façon d’absorber des précipitations violentes, c’est encore de planter des arbres qui pompent l’eau, de type peuplier, saule, eucalyptus, en lieu et place de pelouses, qui grillent l’été et se transforment en terrain de boue l’hiver. Planter des arbres en bord de mer est aussi une mesure d’avenir, pour ralentir l’érosion du trait de côte et la hausse du niveau de la mer.

Déployer des robots pour inspecter et réparer plus rapidement le réseau

Le réseau d’assainissement dans le Golfe fait plusieurs centaines de kilomètres. Les fêlures et les casses de tuyau enterrés sont très fréquentes. Elles permettent aux eaux de pluie de pénétrer dans le réseau d’eaux usées et de le surcharger. Surveiller ce réseau de façon « manuelle » en envoyant des agents sur le terrain est lent et coûteux. Réparer nécessite de faire des trous, ce qui est coûteux. Or il existe aujourd’hui des technologies robotiques qui permettent de surveiller en continu et même de faire certaines réparations, à distance, via des robots. Ces techniques permettent d’identifier les points de rupture sur plusieurs dizaines de kilomètres en quelques heures. Compte tenu de la vétusté de notre réseau et de l’ampleur des infiltrations des eaux pluviales dans le réseau d’assainissement, l’adoption rapide de ces technologies innovantes pourraient faire faire des économies à la collectivité, lui permettre de prioriser le renouvellement des infrastructures et de faire la maintenance préventive.